Lussas by night

Arrivée de nuit. Se perdre dans les chemins aux abords de Lussas. Rechercher une grande maison. Tomber sur un voisin bienveillant qui nous guide, guide et reguide dans les chemins tortueux. Trouver enfin le bon hameau… C’est la nuit noir. Le ciel est étoilé.

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Le soir est propice aux récits de nos aventures respectives. Guillaume nous a quitté quelques jours pour rejoindre un festival de musique à l’autre extrémité du Massif central. Nous lui racontons notre quête de Monique Cessot à Nolay quand il nous raconte en musique ces quelques jours de vadrouilles à la manière d’un barde. L’équipe de lignes d’horizon qui nous accueille n’est pas là ce soir. Nous devions les suivre pour les concerts aux lavoirs mais sommes arrivés bien trop tard. Il faut appréhender la longueur des trajets en CUBE, freinés par la chaleur et les cotes nombreuses depuis la vallée du Rhône jusqu’aux plateaux d’Ardèche. Nous dormirons bien cette nuit avant de retrouver nos hôtes pour le petit déjeuner.

Au réveil nous croisons la première voisine. Trois colocataires juste installés, tous liés à Lussas et son festival de documentaire très connu. Un village champignon où tout tourne autour du sujet. Un lieu qui abrite 50 employers à l’année, accueille des formations nombreuses, tisse des liens avec tout le territoire via des ateliers, une cinémathèque… Brieuc est l’ancien programmateur du festival estival, ses acolytes y travaillent encore….  Ils nous font aussi découvrir la plateforme TENK à laquelle ils contribuent et qui s’apprête à être lancée. C’est un espace essentiel pour découvrir des films du cinéma du réel très peu diffusés , pas à la télé, peu au cinéma et dans des festivals très confidentiels ! Un genre à découvrir qui ouvre les esprits.

Ils portent aussi un projet associatif particulièrement intéressant. Il s’agit de Lignes d’horizon. Nous les avons déjà rencontré sur les éditions précédentes de leur festival Les Rencontres d’ici là au Château de Craux sur la commune de Genestelle. Un site magnifique et une programmation exigeante entre débats, ateliers, promenades guidées avec géologues, ornithologues…, performances dansées, concerts… Un festival dans et sur la paysage dans un site réinvesti par des agriculteurs militants qui façonnent le paysage et défrichent des paysages qui ont tendance à se fermer et se boiser, par manque d’activité humaine…

C’est l’occasion de voir de plus près ce qu’ils trament et comment ils agissent en dehors de l’événement. Dans leur équipe, les ont rejoints une bande de Rive de Gier. C’est drôle, c’était la bande d’En rue libre qui ont fait vibrer les usines en friche de la vallée du Gier mais n’ont malheureusement jamais rencontré le soutien de la petite ville. C’était pourtant une opportunité incroyable une dizaine de jeunes, tous intéressés par les transformations de leur ville, fils et filles d’ouvriers attachés au devenir de la commune et prêts à tout pour y ramener de la vie. Comment les collectivités peuvent-elles ignorer ce type de dynamique lorsque leur centre-ville s’éteigne et que leur commune souffre tant de manque d’attractivité ? Bref… Les ripagériens (c’est comme ça qu’on appelle les habitants de Rive de Gier) en exil du côté d’Aubenas cherchent là des opportunités d’installation en collectif sur un lieu – comme tant d’autres. Le territoire est en effet très attractif, c’est un tout autre contexte qu’Annonay, la ville du nord du département. Ici, les résidences secondaires sont nombreuses, les jeunes arrivent attirés par le climat, les paysages magnifiques mais aussi par le coté alternatif du territoire. L’Ardèche a en effet été déserté bien plus tôt dès les années 70 et ce sont les communautés baba cool qui ont élus domicile. Aujourd’hui les autochtones ne sont plus nombreux et tant habitués aux nouvelles arrivées que l’accueil est facile et généreux….  Pourtant il est dur d’acheter ou de louer une habitation, encore plus un mat ou un grand bâtiment…. Lignes d’horizon vient d’ailleurs de créer une bourse aux lieux cherchant à convaincre les élus et particuliers de proposer des espaces pour que naissent des dynamiques collectives. Cela raisonne avec notre bourses aux rez de chaussée vacants… Il semble ici toutefois que les projets d’installation relèvent plus du collectif, du commun que du public. Il est difficile de négocier avec les élus qui demandent à ce que les installations permettent de cultiver l’intérêt général…. Lignes d’horizon oscille et réfléchi à la nature de son intervention comme à sa posture. Brieuc qui nous accueil est par ailleurs élu et représentant au Parc des Monts d’Ardèche. Il est très engagé d’un point de vu écologique.

Nous partons à Lanas rencontrer un autre projet et reviendrons ce soir… L’idée est un échange projection d’un film par Brieuc et Lignes d’horizon, un échange sur notre projet. Encore une rencontre nocturne.

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La soirée commence par un grand apéro. Alissone et Corentine s’empresse de coudre un écran pour une diffusion de qualité. On repère vite les accroches aux balcons et les tapis pour permettre une installation qualitative… Le repas qui s’éternise et les discussions sont animées… La fatigue se fait sentir et nous prenons la mesure de la difficulté a enchaîner les rencontres au jour le jour… L’accueil est aussi entre deux, entre amical et officiel… Comment cette tournée peut elle garder un coté humain et agir dans la rencontre et en même temps rester un événement public de qualité ? Comment mieux se préparer se positionner ? Comment trouver des temps de ressourcement ?

Nous enchaînons sur un concert improvisé de Guillaume toujours prêt à chanter quelques chansons… Ses reprises de Madonna et Beyoncé rencontrent un vrai succès ! La soirée se termine tout de même par une visite du CUBE et un récit d’expérience à plusieurs voix bien plus inspirant que lorsqu’il prend place autour du repas. Cette visite égaye les échanges et la soirée, dans la nuit noire et profonde, à la lueur de nos torches et bougies…

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