Monique Cessot, la grande enquête !

P1140855 Notre aventure nous mène étrangement à Nolay, petit village situé à quelques kilomètres de Châlon, escale imprévue qui s’est imposée suite aux récits de Guillaume. En effet, dans son répertoire riche et extravagant, il interprète une chanson enregistrée en 1954 lors d’une collecte de chants traditionnels réalisée par le Musée National des arts et traditions populaires. Sur cet enregistrement on peut notamment entendre la petite Monique Cessot, 10 ans, qui chante avec liberté et entrain « les aiguillettes, enfants sans soucis ». Totalement fan de cette chanson, et donc par extension de cette petite Monique (qui doit avoir aujourd’hui plus de 70 ans) Guillaume, réalisant que nous étions à quelques minutes de Nolay depuis Châlon, (en CUBE évidemment c’est plus long, mais quand même…) émet l’idée de se rendre dans ce bled afin de retrouver sa chanteuse. Etant attendu à Gannat, nous décidons de mener l’enquête à sa place et nous embarquons pour Nolay, petite commune de 1000 âmes (y compris celle de Monique ??). Nous dégotons un petit camping en bordure de village, enclavé entre une zone de pavillons standard et une rivière toute mignonne.

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Notre arrivée en camping-car est remarquée et nous remportons l’adhésion des voisins à l’unanimité malgré le barouffe du moteur. A peine installées nous repartons en CUBE pour le centre bourg afin de commencer l’enquête. Il est plus de 18h, la mairie est fermée, nous n’avons pas d’autres alternatives que de passer par les commerçants du coin. Nous commençons par un magasin brocante sur la place du village, enregistreur en main nous essayons d’expliquer le pourquoi de notre présence ici et puis l’histoire de cette fameuse Monique. La vendeuse ne connaît pas ce nom de famille… De la brocante nous arrivons chez la fleuriste, elle ne sait pas non plus mais nous indique la mémoire vivante du village, la Juju. D’après la fleuriste il n’y a qu’elle qui peut nous renseigner sur les histoires anciennes. Nous nous dirigeons donc vers le bar de France que la Juju a tenu 40 années durant mais cette dernière est en vadrouille, il faudra revenir. Nous partons donc explorer le village, questionnons les passants, les habitants, sans succès. La patronne du café de Paris nous conseille de rencontrer Marie Thérèse, présente dès 8h du matin au comptoir, ce qui repousse l’entrevue à demain… P1140956P1140902 P1140896

Mais pour l’instant il n’est pas question de renoncer… sur le trajet nous menant vers la place centrale, nous remarquons de nombreux commerces vacants, à vendre ou à louer, mais aussi plusieurs brocantes… Il semblerait que Nolay soit spécialisé en revente d’objets anciens… A proximité de l’église nous rencontrons un brocanteur Hollandais plutôt sympathique, il sait qui contacter pour répondre à notre question : son voisin Jean. Au bout du fil ce dernier ne sait pas… Le brocanteur nous conseille la maison de retraite… Nous préférons retourner chez Juju. Devant le bar de France une voiture est garée avec sur son toit un crocodile empaillé, petite anecdote qui rajoute de l’excentrique à notre aventure improbable. La Juju est chez elle, assez touchée par notre enquête elle ne rejette pas en bloc l’existence d’une Monique Cessot… Nous retrouvons un peu d’espoir… Pour l’instant elle n’est sûre de rien, mais souhaite poursuivre l’enquête à son tour en allant à la mairie, elle nous demande de lui rédiger une fiche avec toutes les indications, il faudra repasser demain pour la lui donner, mais en attendant elle nous conseille elle aussi de nous rendre à la maison de retraite pour retrouver Monsieur Giroux dit Lalanne. Selon elle il a toute sa tête et il saura nous renseigner. Après une longue et belle conversation avec Juju nous voici donc en route pour l’EPAD de Nolay. Il est plus e 20h, les infirmières sont étonnées mais pas récalcitrantes, elles montent chercher Lalanne qui est tout heureux de découvrir 4 jeunes femmes au sortir de l’ascenseur absorbée par la découverte de la vitrine « Afrique » réalisée par les résidents. Malgré toute sa bonne volonté il ne saura pas non plus nous renseigner sur l’existence de cette fameuse Monique, alors nous parlons de son surnom, un peu de la guerre, beaucoup de la maison de retraite et de son potager intergénérationnel, il nous dit « les jeunes ils me disaient, mais vous M’sieur Giroux, vous savez tout, moi je leur disais, mais non c’est vous qui savez rien ! »… Comme beaucoup des personnes interrogées il évoquera l’existence d’un autre Nolay dans la Nièvre… Zut Monique où es tu donc cachée ?? Nous décidons de rentrer au camping et de reprendre demain… Nos derniers espoirs se sont envolés avec Lalanne qui est presque aussi déçu que nous d’ailleurs…

P1140983P1140993 Dimanche matin, après un débriefing au camping, nous décidons de retourner voir Juju pour lui donner sa fiche d’enquêtrice. Nous mettons à profit nos derniers instants à Nolay pour jouer notre dernière carte… Le cimetière… En arrivant nous découvrons un voilier stationné le long des containers à verres et à papiers, l’incongrue est à chaque coin de rue à Nolay ! L’immersion dans le cimetière est violente, le lieu chargé.

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Nous lisons les noms des morts à haute voix, égrenant tombe après tombe ces suites de mots étranges. Mais pas de trace de Monique… Après un détour chez le marbrier, (dont on imagine qu’il se souviendra de ce nom qu’il aurait potentiellement pu graver, et qui est déjà au courant de notre enquête puisqu’il est le mari de la fleuriste) retour au village, passage chez Juju, elle a déjà avancé dans son enquête, passé des coups de fil, notamment à toutes les personnes ayant 72 ans, « Sait-on jamais s’ils ont été à l’école ensemble, ou alors s’ils ont communié, ils devraient s’en souvenir »… Elle explique les réponses négatives de ses complices par une supposition intéressante, peut-être que la petite Monique a pu étudier dans une école libre… Mais sa piste la plus sérieuse reste toujours la mairie. Elle compte bien s’y rendre dès lundi ! Avant que nous la quittions elle nous avoue que cette enquête lui tient à cœur par la noblesse de la démarche et qu’elle espère que nous reviendrons ici pour chanter qui sait ?

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Nous avons du mal à décoller de Nolay qui nous apparaît de plus en plus glauque… Ces rez de chaussées et logements vacants additionnés à ces trop nombreux magasins de brocantes nous font un effet étrange, l’impression d’être au cœur d’un engrenage malsain, c’est louche ! Le seul business qui semble fonctionner à Nolay repose sur la revente de biens récupérés dans des logements et commerces vidés par leurs occupants. C’est une forme d’aspiration par l’intérieur de la substance de cette campagne qui se joue là. Nolay se digère elle même, se dévore, elle est sa propre charogne, son propre vautour. Vite il faut partir !!

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