Sur les pas de De l’Aire

Quelques rues escarpées et nous quittons Annonay. Des bouteilles d’eau fraîches offertes généreusement par le patron du café de la place de la Liberté. Le CUBE est au complet et prêt à redescendre. Plus au sud, plus au sud. C’est là qu’on nous attend… Première fois que nous changeons de conducteur, Corentine prend les manettes de l’engin. Chaloupé. Transpiration. Pas facile de dompter la bête !

IMG_0788Premier arrêt au Parc de Lorient du côté de Valence sur les traces d’un projet piloté par l’association De l’Aire dans le cadre d’une commande du Conseil général de la Drôme qui gère ce Parc péri-urbain de 17 hectares. Différentes installations artistiques rythment ce parc, le lit de la rivière nous accueille avec son nid. Là, des familles se baignent.
Ce projet s’inscrit dans une démarche de redynamisation de Parc, pour consolider sa fréquentation et multiplier les prises et les usages. De l’aire a réalisé une première mission en 2012 à travers l’écriture d’un projet de chantier culturel et paysager pour le « Domaine de Lorient ». Depuis un nouvel appel à projet a été lancé. De 2015 à 2017, dans le cadre du projet « Parc pour tous », le collectif d’artistes DÉRIVE investit le Parc départemental de Lorient avec ANIMAMOTRIX et la création de cinq œuvres inspirées de l’habitat animal. Chaque réalisation fait l’objet de rencontres et de chantiers participatifs où sont investis les usagers du parc, des volontaires et des structures locales. L’association De l’aire reste impliquée en tant que coordinateur. Nous remarquons au passage le panneau qui indique la nature de la proposition comme œuvre artistique et non aire de jeu. Une manière judicieuse de détourner les normes hyper-contraignantes en proposant une installation paysagère plus fragile, mobile, évolutive et moins standardisée.

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Deuxième arrêt au Café des sports, non loin du fleuve Rhône. Il fait chaud, pose glaces et rafraîchissements. À peine sortie du CUBE, deux camping-caristes viennent à notre rencontre. Notre engin attire les badauds là où il s’arrête, des visites s’improvisent. Nous racontons son histoire, notre cheminement et échangeons sur les pratiques mobiles. Ici, un couple du voyage navigue dans la France entière avec une maison mobile contemporaine bien équipée : un écran plat se déplie derrière le lit, une douche à jets permet le grand confort ! Le Cube prend des airs de vestige touristique face à ces engins nouvelle génération !

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Nous reprenons la route. Encore le Sud. Direction Le Teil pour continuer notre découverte des chantiers de l’association De l’aire…

Arrivée en cœur de ville de la route nationale étroite qui la traverse en sens unique. Des commerces de part et d’autre, des petits trottoirs. La rue s’élargit en place où nous sentons le bon vivre du sud.  Les terrasses de café affichent complet, une fontaine publique apporte de la fraîcheur, quelques bancs sont occupés. Pourtant le Teil arbore un paysage de ville malmenée par les aléas de l’histoire économique locale… Le Teil est situé en bordure de Montélimar, le long du Rhône et des grands axes routiers de la vallée…

Nous nous garons et prenons la première rue qui remonte vers l’est. Des pots en terre peints en bleu la jalonnent et créent un appel. Nous continuons. Sans nul doute, des traces de l’action d’habitants. C’est au prochain croisement que nous découvrons un espace public atypique… Quelle place ! Qu’en dire qu’en on vient d’ailleurs et qu’on ne connait pas l’histoire de ce lieu ?P1150698

Des galets ça et là délimitent les espaces où des herbes sauvages ou vagabondes ont trouvé refuge. Construite en palier, elle offre un petit promontoire pratique pour les mamans qui discutent tout en pouvant surveiller d’un œil leurs enfants en toute tranquillité. Quelques unes sont là en cet fin d’après midi… Des espaces construits en bois offrent des assises et des tables, aménagement frugal mais suffisant pour s’y installer, se poser et rester. Une petite bande d’enfants devenus pirates cherche un trésor, déplaçant les cailloux, brandissant des branches de certains arbustes secs, courant ça et là de part et d’autre de l’espace, un véritable terrain d’aventures qui permet l’exploration et ouvre les voies vers l’imaginaire. La place se fond dans le paysage  d’immeubles qui l’entoure par ses blancs, ses gris clairs et ses beiges. Espace vivant et hospitalier, une respiration dans un contexte urbain très dense, d’habitat en partie dégradé. P1150701 P1150685

L’esprit de ce lieu aux allures de friche, de lieu en transition, nous rappelle les premières heures de la Cartonnerie… Ce site n’est pas né de rien et nous retrouvons les traces d’un processus collaboratif complexe. C’est tout un travail fin d’accompagnement de cette commune très engagée qui a été réalisé là par l’équipe pluridisciplinaire de De l’Aire. Le maire est en effet venu chercher l’association pour travailler sur les quartiers en secteur Politique de la ville, quartiers paupérisés qui allaient se lancer ans des rénovations profondes.

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De 2014 à 2016, pas à pas : s’immerger dans la mairie avec une résidence dans les services, partager un diagnostic, choisir un territoire d’investigation, comprendre la situation et se projeter ensemble élus, techniciens, habitants, citoyens. L’originalité de ce projet consiste vraiment dans cette entrée en profondeur dans les services techniques municipaux, requestionnant à la manière des résidences pluridisciplinaires de la 27eme région l’organisation même des institutions publiques. Ainsi, un portrait de mairie a permis de réinterroger et de définir la commande d’une mission plus précise tout en impliquant les services concernés et en bouleversant les habitudes de travail. Ensuite, après avoir défini le secteur d’intervention, des portraits d’habitants du quartier Kléber et des groupes de discussions ont permis de définir les besoins et de comprendre les usages, des apéro-chantiers de partager les savoir-faire et étapes de la construction de la ville avec les techniciens du chantier, des ateliers autour du projet urbain à venir aux chantiers participatifs avec les habitants (autour du jardin, du mobilier urbain, de la peinture …)… Les paysagistes de l’atelier Bivouac que nous retrouverons à Lanas ont aussi suivi le fil du projet.  Au fil du temps une place a vu le jour, la place dite Garibaldi.  Cette Place reste provisoire et est susceptible d’être reconstruite en partie, selon les indications des programme ANRU qui demandent des reconstructions à la suite des démolitions. Un vaste débat lorsqu’ici la dédensification semble apporter une potentielle qualité de vie et une attractivité dans un secteur qui semble aujourd’hui reléguer à de l’habitat populaire.

Une équipe de documentaristes, en formation non loin à l’école de documentaire du village de Lussas que nous allons bientôt rejoindre, sont venus suivre les transformations du lieu donnant lieu à un film aussi libre, surprenant qu’explicite que vous nous laissons découvrir.

Recharger les batteries !

Cet article se passe peut être de commentaires…

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Il mérite quand même un éclairage… entre les Monts du Lyonais et l’Ardèche du nord, en route vers Annonay, nous décidons de traverser le Pilat. Nous organisons la journée pour pouvoir partir nous ressourcer et mettre en pratique les consignes de notre acupuncteur stéphanois qui nous a conseillé de nous interroger individuellement sur nos rapports aux espaces naturels (ouverts, encaissés, boisés…). C’est l’occasion ! Un ami de Laurie nous conseille l’arpentage de certains sites mégalithiques particulièrement intéressants d’un point de vu de la géobiologie.

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Parties de bon matin, nous rêvons de café chaud et aspirons à découvrir la magie de lieux féériques. Nous nous arrêtons dans une Auberge à l’aspect chaotique en haut d’une crête. Nous entrons dans une sorte de caves transformés en magasin de producteurs et nous interrogeons sur la présence de pendules et autres graines magiques. Jean-Pierre le gérant nous accueille en nous disant être téléguidé, doublement ressuscité et qu’il consacre sa vie au soin énergétique, notamment pour les enfants malades. Ils nous conduisent illico dans la chapelle qu’il vient de construire, grâce à ses talents de tailleur de pierre. Viendra bientôt ici un montage sonore qui vous fera rencontrer Jean pierre et sa chapelle magique. En tous tac pour Jean Pierre nous ne sommes pas là par hasard et nos routes se recroiserons. Laurie reviendra-t-elle construire un vrai château fort avec petit pont levis pour les enfants malades comme le suggère Jean Pierre ? suspense…

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Nous ressortons partagées et débattons en pique niquant au bord de la chapelle qui vibre grandement. Nous poursuivons la rencontre avec la Pilat par une grande marche entre valons et forêt. Les bruyères, les genêts, les gentianes, les framboisiers et fraisiers sauvages, embaument. Le ciel couvert et les rayons de soleils contrastent et créent une atmosphère étrange…

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Nous trouvons en bord de chemin une série de hêtres magnifiques au milieu de chaos de granites. Nous sommes subjuguées par la beauté du site, si paisible, qui semble là pour nous accueillir.

Rien à rajouter ici………………………………………………………………………………………………………………………

Plus loin nous retrouvons celui que des autochtones croisés en chemins appelle « le seigneur de la forêt » un hêtre exceptionnellement gigantesque.

P1150406P1150425P1150413P1150408 P1150414 P1150417 P1150438C’est beau………………………………………………

Nous ne pouvions rêver mieux pour recharger nos batteries !

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En route vers Annonay ou de nouvelles aventures nous attendent !

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Une virée à Virey

À quelques kilomètres de Chalon, derrière les zones industrielles de périphérie, nous nous dirigeons vers le village de Virey-le-Grand.  Ce village densifié rapidement accueille un parking paysagé aux airs de camping et c’est sur celui ci que nous passerons la nuit loin du vacarme du festival sous une fine pluie d’été.

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C’est aussi le village des parents des sœurs Scherer, complices de toujours  ! Pauline (la grande) notre sociologue militante engagée dans la recherche/action et Blandine (la plus jeune) qui a glissé du patrimoine méditerranéen au recueil de récits de vie. Ce petit stop nous permet de distribuer notre livre auquel Pauline a largement contribué en animant nos ateliers de recherche collectifs et en participant à l’écriture collective ! C’est émouvant…
Le stop est court, temps de recharger les batteries (téléphones, ordinateurs, appareils photos, enregistreurs), de se pluguer sur la connexion internet, de prendre 4 douches salvatrices, de boire plusieurs cafés, et de raconter nos premières péripéties autour d’un verre de Givry ! Nous devons déjà repartir  !!! Rangement du CUBE de plus en plus efficace. Les contenus de chaque tiroir et placard sont quasi maitrisés.

P1140796P1140828 P1140819Avant de repartir nous proposons un tour de village en CUBE. On s’entasse, testant ainsi la capacité de l’engin. La virée prend des allures de fête foraine, on stop même chez des voisins passionnés d’enjeux anciens pour les embarquer avec nous… C’est drôle et inspirant. Blandine et Pascal Messaoudi son ami réalisateur de documentaires sonores voit déjà le CUBE avec son acoustique hors pair (à l’arrêt) transformé en lieu d’écoute. Certainement de futurs compagnons de route !

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La route et ses méandres # STOP AND GO !

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Après le baptême de nuité CUBE, départ de bon matin. Wahoo ça y est ! A peine démarré que stoppé. Bruit étrange tac tac… stop sur la bas côté. Désespoir momentané. Arrêt express sous un soleil de plomb. Problème de roue, non non !! On redémarre. et tac tac tac. On s’arrête… ah oui quand même. Le pneu est complètement arraché. Mortibus.

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On sort la roue de secours. le CRI. La croix (mais ou est-elle ?) comment on fait déjà ? A peine tout déballé et quand même un peu en difficulté il faut l’avouer notre premier ange gardien pointe son nez. C’est Sébastien et son convoi exceptionnel rouge flambant neuf. Stop, de l’aide les filles? oh oui Sébastien ! en trois tour de main le CRI est mis, il fuit, pas de problème Sébastien en a un autre, et puis de toute façon si difficulté il nous monte sur son porte charre jusqu’à la station de Tournus.

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On aura quand même fait 20 km. Lui il habite à Vaise bien tranquille. Un peu moins depuis la disparition de la Duchère mais quand même ça va. Il bosse pour une boite à Mâcon. Il aime ça la solidarité entre camionneurs et motards. Les voitures c’est autre chose…. ça y est c’est fait – roue de secours – pneu lisse – aie !

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Arrêt Tournus et attente pour Profil + Roi du pneumatique. Accueil sympathique. « Ah trop vieux les pneus. Ah ben il faut changer les deux de derrière, et garder l’arrière gauche en secours. »

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Nous faisons sensation avec notre engin et notre conductrice de choc. Mais ça traine un peu, c’est pas tout on nous attend à Pesmes. la grande question : pourra-t-on se baigner dans « l’Oignon » ? Pourra-t-ton assister à la conférence de l’architecte Suisse Stefano Moor ? Suspense.

Quoi qu’il en soit pause imposée au Mac do en attendant l’approvisionnement et la commande des pneus du CUBE.

Rencontre avec Pierre Guichard Acupuncteur/Magicien

Face

Au commencement de cette aventure, comme toujours chez Carton Plein, un questionnement émerge. Sans qu’il soit nouveau, la perspective de la Tournée générale vient réveiller de nouvelles envies, et avec elles, la perspective de l’enquête commune. Pour cette fois, l’acupuncture comme système thérapeutique, nous interroge vivement tout en nous attirant comme une ressource possible.

Nos méthodes d’activation et d’implication des habitants cherchent à fertiliser l’espace public et à engendrer des dynamiques de transformations durables et vertueuses. Cela implique un travail de mise en synergie entre acteurs des politiques publiques, aménageurs, société civile, habitants et la création de dynamiques collectives.

Pour éviter les logiques de zonages et de sectorisation qui concentrent l’attention sur un projet unique dans un lieu ciblé, Carton Plein travaille le lien et la porosité entre les espaces de la ville en activant simultanément des micros-lieux multiples et diffus. Les expérimentations et les transformations qu’elles engendrent, deviennent des analyseurs du territoire, lui-même étant en perpétuel mouvement. Ce sont parfois des interventions simples. L’éphémère et l’imaginaire y sont régulièrement mobilisés. Ils deviennent aussi de possibles moteurs de transformations pour ouvrir des espaces de discussions. Les perturbations qu’elles introduisent dans le quotidien permettent en effet d’accélérer la connaissance de l’espace urbain et d’amorcer de nouvelles projections collectives. C’est aussi un à un, intervention après intervention, la transformation en profondeur des logiques d’acteurs, et pas à pas, l’harmonisation de l’espace public dans sa double acception matérielle et immatérielle.

Comme de nombreux autres urbanistes et architectes, nous aimons employer le terme « d’acupuncture urbaine » pour définir notre démarche. Ce terme est utilisé en référence aux médecines douces chinoises qui cherchent à activer les méridiens via ses pressions fortes ou légères sur des points précis. L’analogie entre la médecine chinoise et l’urbanisme est attribuée à Jaime Lerner, architecte brésilien. L’expression acupuncture urbaine s’est propagée comme une trainée de poudre en France et à travers le monde, ce qui nous incite à penser que des transformations sont à l’œuvre et se multiplient, renouvelant les formes conventionnelles de l’urbanisme.

« Une bonne acupuncture permet d’entendre le son normal des villes. Faire le silence pour épurer le vrai son. Accorder le son de la ville. Avant, il y avait des gens dont la noble mission consistait à allumer les lampes à gaz des villes. Moi, je voudrais être l’accordeur de leur son. »

Jaime Lerner, Acupuncture urbaine, Paris, L’Harmattan 2007.

Pour amorcer cette tournée, nous avons voulu en savoir plus et réinterroger ce terme. Nous avons été rencontré Pierre Guichard, acupuncteur, voisin, personne ressource essentielle dans notre processus et notre quotidien. Nous l’avons interrogé sur l’acupuncture et laissé exprimer les connexions possibles avec notre démarche.

Nous avons découvert son approche intuitive et sensible d’une acupuncture basée sur des protocoles, des connaissances te des outils mais pratiquée avec intuition, en se laissant guider par le ressenti. Pierre compare le corps à un paysage, un paysage unique avec ses courbes, ses cours d’eau en profondeur, ses collines… Chaque corps est unique à l’image des lieux que nous traversons. Il nous incite à nous interroger sur la place des actions communes et individuelles, l’écoute de nos sensibilités respectives et de nos moteurs collectifs.

art-martial-point-vitaux_meridiens   taoists2360x1660 Pierre nous a proposé de tester quelques protocoles pour aiguiser nos sens et perceptions… notamment d’aller dans des lieux aux physionomies très différentes (plateaux, lieux encaissés, boisés…), et de nous y arrêter, d’y inscrire chacune nos ressentis, de les mettre en partage, d’observer aussi comment les lieux traversés jouent sur le groupe.

Merci et en route pour l’aventure !

Souffle-Qi