La cartonnerie et sa fameuse scène-sol - conçue par l'architecte Laurie Guyot pour accueillir une diversité d'usages.

Fabrication

Chez Carton Plein on réfléchit, mais on agit aussi ! Au cœur, le besoin de ne pas être que spectateur.ice.s mais de pouvoir impulser des transformations concrètes de lieux, d’espaces publics, de temps festifs…. Dans nos cartons il y a toujours une scie, une visseuse, des tassots, une presse, une machine à coudre, un laser, un pot de peinture, de la tresse pour participer au prototypage, à la conception ou à la fabrication de trucs et de machins. Que ce soient des interventions éphémères ou durables, de grandes ou de petites échelles, tout nous semble souvent important à bouger, à transfigurer, à redesigner… Et puis souvent (car on cogite à carton plein) certains membres se lèvent pendant les réunions et proposent des travaux pratiques ! Il y a toujours des idées farfelues, des endroits de construction collectives qui nous animent et nous mettent en joie. On aime le plaisir des corps en actions, des formes qui se dessinent, des projets qui s’inventent avec l’œil, le cœur, le corps et la main !

Quand on arrive à faire venir la scierie mobile et même plus la scierie école d’Ambert pour débiter le bois avant les constructions. BEC 63. 2023.

Lorsqu’on imagine des connexions urbaines entre une maison de retraite et un bourg. Village en chantier Pérignat avec Rural combo 2023.

Workshop ENSACF – projets de fin d’étude d’architecture PFE sur les grandes échelles vantes du Livradois Forez. 2023.

 

L’aménagement d’espaces publics et les chantiers participatifs ont porté la création de Carton plein et restent dans notre ADN. Les chantiers ont été pour nous l’objet de multiples collaborations avec des designers & des artisan.e.s & des architectes constructeur.ice.s plus spécialisé.e.s et compétent.e.s. Le Collectif etc, le Pari des Mutations Urbaines, Rural combo, Costanza Matteucci, Adrien Zammit, Brice de la rue et avant Lola Diard, Juliana Gotilla, Laure Bertoni… Autant de complices, d’ami.e.s cousin.e.s que nous allons chercher pour leurs savoir faire complémentaires.

La signalétique du Parc des Mélèzes, avec la signature Adrien Zammit ! BEC 63, Job, 2023.

Les cabanes du Parc des Mélèzes, construite avec François Moulin artisan terre & Annaig Pensec des poussins du coq noir, et Christophe Ros-Coquard charpentier & chaumier. 2024. Bec 63.

La grande table des Mélèzes. Conception & réalisation Collectif etc. BEC 63. Job, été 2023.

La guitoune des Mélèzes, mise en valeur du passé du Parc, co-conception Carton Plein + collectif etc + Brice Delarue. BEC 63, Job 2023.

 

Nous travaillons souvent à l’échelle du projet d’aménagement urbain sur la phase d’activation, de « pré-programmation » dit-on, au tout démarrage quand il n’y a pas encore ni imaginaires ni envie ni projet. Comment fait on naître l’envie de transformation ? Comment construit-on le public qui va accompagner et diriger les chantiers à venir ? Comment pense-t-on la place des vieux.vieilles dans les transformations du bourg à venir, comment on n’oublie pas le jeu, comment on fabrique avec les artisans du village, les pépiniéristes de la vallée…. C’est comme ça qu’on bricole et façonne les espaces en communs !

Nous avons pu explorer différents contextes, entre ville et campagne. On aime à la campagne la frugalité, les valeurs liées l’autonomie, à l’autoconstruction, à la débrouille… des manières de faire spontanées et généreuses nous ressemblent et rassemblent. Dans une commune, il y a toujours des ressources : un tracteur, de la terre, des boutures, un menuisier ou un super électricien volontaire à la retraite (pensées pour Michel Morel). Et ça va vite, une fois convaincus ça part sur le champ ! Parfois même la culture du faire nous joue des tours : ça va trop vite et il faut batailler pour prendre le temps de cogiter et d’associer toutes les parties prenantes ! En ville « l’ingénierie » et les cadres de possibilités financières sont souvent plus étoffés mais la complexité administrative, la difficulté à croiser les organisations rendent la tache complexe. En ville nous avons beaucoup agi sans autorisation, ou avons beaucoup passé de temps à défendre le droit de faire. A la campagne, ce n’est pas un combat. Tout cela est peut être un peu caricatural mais en tout cas, transformer, agir, modifier des lieux, des espaces publics c’est agir forcément avec des communautés d’acteurs, créer du mouvement, rejouer des rôles, des places… c’est passionnant !

« L’équipe de Carton Plein pose la question de l’open data de l’aménagement urbain. Mettre en commun l’enquête, diffuser les données (observations, connaissances d’un espace) et intégrer les dimensions sensibles et artistiques à l’aménagement d’un espace public, permettraient de mieux en partager les enjeux et in fine de mieux partager l’espace. Les processus d’aménagement sont aujourd’hui très peu documentés et font rarement l’objet d’une analyse des effets. Pourtant, combien de fois a-t-on constaté par exemple les effets négatifs de travaux sur les commerces environnants ou la dynamique d’un quartier ? Il semble qu’il y ait une marge de progrès pour anticiper les problèmes posés au fil des projets urbains, dans le fait de partager les problématiques pour tenter de trouver des solutions en commun. Comment ouvrir le processus à une démarche d’essai/erreur pour faire des ajustements avec une approche systémique, développant ainsi une capacité de rebond et de réajustement ? L’ouverture du chantier à un collectif d’acteurs peut permettre de mieux partager les responsabilités. Le concepteur sort alors d’une posture solitaire très exposée, avec des relations jouées sur un mode oppositionnel, pour faire dynamique collective. Dans une situation potentiellement conflictuelle, ouvrir la discussion et l’outiller peut permettre de gérer collectivement le problème et le résoudre. Comment donner une place aux acteurs locaux pour qu’ils œuvrent dans le même sens et non à contre courant ? »

Des modules de jeu créé par les étudiants de l’ENSASE en 2013, Saint-Etienne, la Cartonnerie.

« L’hypothèse de Carton Plein est de mettre en visibilité et en partage le processus d’aménagement en misant sur une démarche indéterminée, où tout n’est pas maîtrisé et qui, par conséquent, est ouverte à l’imprévu. Le choix d’ouvrir en amont du projet permet de rendre lisible la globalité du processus pour que le public en comprenne et en perçoive la logique et les enjeux et ainsi créer les conditions favorables au changement… Généralement, l’ouverture de la réflexion est réalisée à des moments étroits, lors de réunion publique, de concertation habitante ou de conseil de quartier, ce qui ne manque pas de créer des tensions et des conflits, la réflexion étant trop souvent verrouillée, les habitants et les experts mal outillés pour pouvoir penser la ville ensemble. »